Il y a des fantômes…

Il y a des fantômes autour de Brindille : ceux de Damia, d’Yvonne George ou de la longue dame brune. Ceux de beaucoup de chanteuses du passé à qui il rend hommage dans Le Temps des dames en noir. Son physique est parfois flatteusement comparé par certains à ceux d’Iggy Pop, de Mick Jagger ou de Steven Tyler. D’autres, ironiques, parlent de Cher ou de Morticia Addams. Peu de comparaisons masculines, c’est ainsi. Est-ce voulu ?… Pourtant, Brindille, contrairement à ce que son visage et ses vêtements pourraient laisser penser, n’est pas une dame ; c’est un monsieur, et il ne ressemble qu’à lui-même. Les rapprochements et l’équivoque sont balayés dès qu’on l’entend chanter, dès qu’on écoute les paroles de ses chansons. Brindille est le seul qui a réussi à masculiniser un nom typiquement féminin. D’ailleurs, beaucoup ne s’y trompent pas en l’appelant LE Brindille. Non, il n’y a guère d’équivoque, mais assurément un grand mystère.
Sa voix d’une diction parfaite, façonnée par la cigarette, l’alcool et le vécu, nous envoûte.
Brindille écrit tous ses textes, et la plupart des musiques qu’il veut simples et accessibles. Dans son répertoire, des chansons à l’humour caustique (Je vous salue Marine !, L’objet femme, Les Allemands, Le président Carabistouille, Virus Song) en côtoient d’autres suicidogènes (T’es barré, Autant en emportent les violons, L’Enfant lumière) ; l’amoral et le libertinage (La Poudre enchanteresse, J’veux du bonhomme, Deux plus deux plus deux plus deux) frôlent la pudeur extrême  (Quelqu’un quelque part, Laissez-moi donc me souvenir, On s’est rencontré à Montmartre). Des chansons délicieusement dérangeantes comme la très controversée Céline… Quelques intermèdes guillerets viennent renverser la vapeur ou dérouter agréablement (La Vie kiki, Arthur la Bringue, Gourbi Palace, Le mal de Mer…). Et il demeure toujours les incontournables : Le Chant des tribades, Donatien-Alphonse-François, Chanteur de cabaret, Dietrich, Quelqu’un qui chante, Tout en noir, Pletzl, Les Visiteuses du soir, L’amour c’est comme le père Noël
Tour à tour, Brindille aime, haït, égratigne ou ridiculise. Il pleure ou il sourit. Il ose tout. Il n’épargne personne, à commencer par lui-même.
Dans un halo de lumière, sans aucun artifice de mise en scène, Brindille chante. Cheveux longs, papillons au coin des yeux, châles et bijoux, entre « gothique » et « dark cabaret »… Autrefois, Brindille aurait été catalogué « avant-garde » ; dans l’aseptisation du music-hall d’aujourd’hui, il est « inclassable », dit-on gentiment pour ne pas dire franchement « blacklisté »… Brindille adore. Il adore déranger. Il est sans concessions. Libre et incontrôlable. Brindille est vraiment le « chanteur des années 20 » de sa chanson. Et on le devine, ça ne doit pas être une sinécure.
La télévision et la radio ne daignent pas l’inviter dans leurs émissions ; dommage, et tant mieux en même temps. On pourrait craindre de le voir dénaturé par ces médias bientôt obsolètes comme le furent le Minitel et le Bi-Bop. Or, ce qu’il y a de plus beau chez Brindille c’est justement sa nature. De cet évincement, il s’en moque en répondant simplement : « Peu importe, je suis ″internetement″ connu ! ». Et il remplit les salles à chacun de ses concerts. Comme quoi…
Alors en résumé et en deux mots, pour tout ça et pour tout ce qui va venir : bravo Brindille !