Flashback

Brindille - Flashback

Je ne me rappelle pas tous les endroits dans lesquels j’ai chanté (principalement à Paris), mais j’en ai retrouvé beaucoup, grâce à Internet, aux amis et aux fans, en fouillant dans des archives et en faisant travailler ma mémoire.
Dans ce flashback, des dates ou des noms sont peut-être approximatifs. Le temps a laissé des incertitudes et des lacunes… Mais peu importe.
Merci à Georges Nawrocki pour ses notes méticuleusement gardées, sans lesquelles il m’aurait été impossible de me situer, car je n’ai aucun sens de l’orientation. Et merci à mon amie Alex Andréa qui m’a souvent accompagné.
Certaines anecdotes peuvent paraître futiles. Ce sont pourtant les seules qui me lient à ces endroits et qui me sont restées ou revenues en mémoire. C’est mon histoire.
Une chose est sûre : derrière les jolies affiches se cache une tout autre réalité. Heureusement, le temps et les brumes de la nostalgie sont là pour lisser et romancer le tout.
Ma vie d’artiste a toujours été très tumultueuse, et je me demande par quel miracle, ou quelle malédiction, je suis encore là.
La plupart de ces lieux n’existent plus ou ont été transformés. Des tenanciers, des directrices, des artistes, des gens marquants, des amis, des figures de la nuit ne sont plus là. Je me suis déplacé dans Paris pour vérifier… je n’aurais pas dû.
Lorsque je songe à mes débuts, à mes premières nuits, je sens la fumée des cigarettes, j’entends les rires, le tintement des verres de whisky, la musique. Le temps d’avant rouvre alors ses portes, comme par enchantement. Comme si rien n’avait bougé, surtout pas les années. Je reconnais des visages, et des noms me sont à nouveau familiers. J’entre alors dans le rêve, j’embrasse, je ris, je chante. Cette illusion est un poison, c’est dangereux, je vais pleurer après ; je le sais, mais…
Souffrirais-je de mélancolie ? Aurais-je moins de fougue et d’aplomb qu’il y a… Je ne saurais le dire. Parfois, le passé me bouscule, m’envahit. Sont-ce les gens qui ne sont plus ou qui ont vieilli que je pleure, ou est-ce un temps révolu que je regrette ?
Ah ! Mes fantômes… je voudrais qu’ils disparaissent… non, je ne veux pas.

Années 80

Le Disco Love (78, rue Jean-Pierre Timbaud – 75011 Paris)
Je me souviens parfaitement de ce club, car c’est là que j’ai chanté pour la première fois. C’est un ami de l’époque, Philippe (transformiste de Dalida), qui m’y avait emmené. Je n’étais pas payé. À l’époque, cela me semblait normal. J’ai vite changé d’avis à ce sujet. Je ne me souviens plus des patrons, mais je sais qu’ils étaient très sympathiques.
Le club n’existe plus depuis longtemps. C’est devenu, aujourd’hui, un restaurant.

Le Piano Zinc (49, rue des Blancs-Manteaux – 75004 Paris)
Quand j’ai connu Georges Nawrocki, le compositeur de mes premières chansons, c’est au Piano Zinc qu’il m’avait emmené. Le Piano Zinc, créé par Jürgen Pletsch, était très connu et côté. Beaucoup d’artistes venaient se faire connaître dans ce lieu minuscule agencé sur trois niveaux. On y était accompagné d’un pianiste. Moi, je l’étais par Georges. J’ai peu de souvenirs de cette période. Il y avait tant de monde, de brouhaha.

Le Flashback (18, rue des Quatre-Vents – 75006 Paris)
Lors de mon premier passage dans ce club, il y avait eu un problème technique. Je chantais sur bande-orchestre, et la K7 avait démarré au mauvais moment, en plein milieu d’une autre chanson. Cela m’avait copieusement énervé, car mon entrée avait été ratée, et le directeur n’avait pas l’air ravi de l’incident. Je crois que ça s’est ressenti durant mon show.

L’Incognito (41-43, rue Dauphine – 75006 Paris)
Je ne me rappelle plus ce que j’avais chanté. Plus de souvenirs du décor et des gens. Par contre, j’ai été très bien payé. Ça, je me le rappelle !

Le Liberty’s (16, rue des Grands-Augustins – 75006 Paris)
Après le Disco Love, je me suis retrouvé au Liberty’s. C’est grâce à la comédienne Rochelle Grégorie, qui y jouait ses sketches à l’époque, que j’ai été engagé. C’est elle qui a insisté auprès du patron, un peu réticent. Ça, je m’en souviens très bien. Au milieu de la nuit, on dégageait la petite piste de danse et… place au spectacle. Je plaisais beaucoup. Tous les artistes étaient de qualité. Rochelle était déjà très talentueuse. Je l’ai revue récemment, après si longtemps…
Dans cette boîte, une nuit, j’ai rencontré un beau garçon. Il était venu très timidement me draguer. Je lui ai dit qu’on se verrait dans un petit moment. Mais, la nuit passant, je l’ai oublié et je me suis retrouvé dans les bras d’un autre garçon absolument quelconque. De loin, j’ai vu le jeune homme timide partir en me jetant un regard triste… Aujourd’hui encore, je m’en veux pour mon comportement, d’avoir fait de la peine à ce garçon et d’avoir sûrement raté une belle rencontre.

La Mendigotte (80, quai de l’Hôtel-de-Ville – 75004 Paris)
Au rez-de-chaussée, un bar avec un coin restaurant, des tables dans des niches ; au sous-sol, une discothèque, un autre bar, une petite scène au fond, des nuits très animées. C’est tout ce qu’il me reste en mémoire. J’y ai fait plusieurs passages pourtant.

La Palette (23, rue du Chevalier-de-la-Barre – 75018 Paris)
Aux abords de la butte Montmartre, La Palette était l’ancien cabaret Chez Ubu de la chanteuse Monique Morelli dans les années 50, devenu boîte de nuit Le Zeeboys dans les années 70. La Palette est le premier café-théâtre-cabaret où j’ai chanté, devenu par la suite Le Pigeon de la Butte. Je m’y suis produit durant trois ans (1982, 1983, 1984). J’étais « le clou du spectacle », comme aimait l’annoncer la directrice. Quelques artistes me restent en mémoire : Anefrance, Arnaud Ficelle, Daniel Hichbiah, Yvan Smile, la pseudo-directrice, mais, hélas, aussi une « comédienne » qui faisait fuir les clients tant elle était nulle… Je me souviens également de la poétesse Nita Corelli (Marie-Antoinette Cauro), du photographe André Nisak, qui m’a souvent photographié, et de l’auteur Gilles Tourman. C’est là que j’ai connu Philippe Cathonnet, qui m’a écrit la musique de Fleur de Pavot. Mais l’établissement tient son importance parce que j’y ai rencontré celle qui demeure mon amie de toujours : la comédienne Alex-Andra (aujourd’hui, Alex Andréa).

Le Club 33 (16, rue des Clercs – 57000 Metz)
Petite bouffée d’air frais, loin de Paris, en ce début des années 80.
Le Club 33 était une très grande salle en sous-sol au centre de Metz. Cet établissement, dédié à l’art, était tenu par Simone Réthoret, femme adorable et amoureuse des artistes. Excellent souvenir d’avoir été engagé plusieurs fois, et dans d’excellentes conditions.

Le Coup de Frein (88, rue Repic – 75018 Paris)
Je me souviens avoir chanté ici, entre le Disco Love et mes tout débuts à La Palette. Avant, c’était le premier restaurant Da Graziano.
Le couple qui tenait cet endroit était ami avec celui du Disco Love. Leurs noms m’échappent, à eux aussi… Il y avait une Corinne, je crois… C’est là que j’ai connu mon premier amant, Philippe, dont j’ai parlé plus haut. Mon histoire avec lui fut platonique et sans grand intérêt, d’autant plus que je préférais son copain, un grand brun un peu paumé que je ne laissais pas indifférent, itou.
Au Coup de Frein, il y avait des spectacles chaque week-end. Des transformistes surtout. Et moi. Je me souviens d’une soirée où mon ami-amant Philippe (THE transformiste de Dalida, donc) n’avait pas trouvé de danseur pour l’intro d’un de ses titres. C’est donc moi qui, de but en blanc, ai été propulsé devant tout le monde durant deux ou trois minutes qui m’ont paru une éternité. Je n’avais jamais fait ça. Je me sentais maladroit et ridicule. Et puis, j’étais chanteur et non faire-valoir. Pourtant, les gens ont « adoré ». Ben, pas moi. Mais alors, pas du tout
Ma mémoire s’arrête là. Je ne sais plus ce que j’ai chanté au Coup de Frein, ni combien de fois j’y suis passé… Ah, une anecdote me revient ! Vers la fin, il y eut de sérieuses embrouilles entre le patron et sa femme, car Monsieur avait hébergé le copain de mon ami Philippe dans l’appartement conjugal situé juste au-dessus du restaurant, et Madame n’avait pas apprécié de savoir que Monsieur s’envoyait gaiement en l’air, en son absence, avec le jeune homme. Évidemment…

Le Music Night (11, rue Sainte-Anne – 75001 Paris)
Ancien Colony, dit-on, le Music Night a fait partie des nombreuses boîtes dans lesquelles j’ai égrené mes chansons. C’était en 1984. Celle-ci n’est pas tombée dans l’oubli, car je me souviens d’un barman-directeur très prout-prout, très hautain, voire ridicule tant il était maniéré, d’une sono de très mauvaise qualité, et de seulement deux mètres cinquante de câble de micro ; ce qui m’obligeait à rester figé tout le temps. Grrr… Les aléas techniques me marquent beaucoup, car je suis très exigeant de ce côté-là. Beaucoup de fans étaient venus m’applaudir

Théâtre Les Étoiles (61, rue du Château d’Eau – 75010 Paris
La première fois que j’ai foulé la scène de ce théâtre, c’était quelques mois avant de faire ma première télévision. C’est là que j’ai rencontré Pascal Sevran. C’était une soirée où toute la presse parisienne était présente. J’ai interprété deux chansons. Mon passage et mon look ne sont pas passés inaperçus. À la fin du spectacle, Pascal est venu me féliciter et me proposer de passer dans son émission de télévision « La Chance aux chansons ».
Plus tard, le 17 janvier 1995, j’ai « non-chanté » dans ce théâtre. C’était à l’occasion du Tremplin de la Chanson Française. J’étais programmé après une chanteuse, puis on a reculé mon passage… et encore… et encore. Le spectacle avait déjà commencé avec beaucoup de retard. Ensuite, c’était le bordel général dans les loges entre artistes, organisateurs, responsables divers, etc. En fin de compte, excédé et épuisé, j’ai rassemblé mes affaires et je suis parti sans prévenir personne… et sans avoir chanté.

Café-Théâtre L’Écume (99 bis, rue de l’Ouest – 75014 Paris)
En décembre 1983 et en janvier 1984, j’ai chanté une quinzaine de soirs dans ce petit café littéraire et artistique créé par Jean Omnès et dirigé par Jean-Jacques Legalle. La salle était en sous-sol. C’était une cave de 30 places environ. Les premiers soirs, j’étais accompagné au piano par Jean-Pierre Rémy, le pianiste de Cora Vaucaire. Puis, le rendement n’étant pas suffisant, j’ai continué sur bande-orchestre. Pour ma dernière, Jean-Jacques m’avait offert, avec une touchante timidité, un superbe bouquet de fleurs. J’étais très ému.
J’ai rechanté plus tard rue de l’Ouest, et c’est à cette période que j’ai fait ma première télé avec Pascal Sevran, enregistrée au Rétro République. Je m’en souviens bien, car je n’avais pas pu voir l’émission le jour de sa diffusion ; j’étais en répétition à l’Écume.

Le Dépôt-Vente (17, boulevard Vital Bouhot – 92200 Neuilly-sur-Seine
Devenu Quai du Blues, le Dépôt-Vente, créé en 1979 sur l’île de la Grande Jatte, était un immense restaurant-brocante-spectacle mené de main de maître par Gérard Vacher. Le but, pour les artistes qui passaient là, pendant et à la fin du repas, dans les célèbres auditions du samedi soir, était de tenir vingt minutes sans se faire jeter par les clients qui venaient là pour ça. Très dure épreuve. J’avoue, sans modestie, l’avoir passée à chaque fois avec succès et le droit de revenir en vedette. Beaucoup d’autres n’ont pas eu cette chance. Moi, ce challenge, que je n’ai plus jamais accepté ailleurs, me plaisait infiniment. Le fait que le patron m’apprécie beaucoup et réciproquement y jouait sans doute un rôle. Mais également, j’y allais à fond, naturellement, le sourire aux lèvres, sans jamais penser une seule seconde que l’on puisse me « jeter », moi, Brindille ! Une prétention et un aplomb qui m’ont toujours réussi. Les artistes passaient accompagnés du pianiste-maison, mais j’apportais rarement mes partitions. Je demandais au pianiste de me suivre comme il pouvait, ou alors je lui demandais d’improviser une musique, et j’improvisais de mon côté une chanson. Épique !

Le Piano Club (12, rue Sainte-Anne – 75001 Paris
Le Piano Club, et non « Piano Bar » comme beaucoup le disent à tort, célèbre bar de nuit très privé de la non moins célèbre Ysolde Chrétien (ancienne hôtesse de l’air et réplique parfaite de Régine), m’a accueilli à mes débuts. J’y passais tard dans la nuit, accompagné au piano par Georges Nawrocki, pour le plus grand plaisir du Tout-Paris. Dans cet endroit feutré, typique des années 80 de ce quartier gay des noctambules et des tapins, j’ai connu la chanteuse Fanny Cain et le très regretté Frank Noël.
L’établissement a changé maintes fois d’enseignes pour devenir en fin de compte un magasin. Je passe devant de temps à autre et toujours avec une grande émotion. C’est assurément l’établissement dans lequel j’ai le plus aimé chanter et sortir. Il a marqué au fer rouge ma mémoire de somptueux souvenirs. Je n’ai plus eu de nouvelles de Fanny par la suite. Frank nous a quittés en 2001. J’ai revu brièvement Ysolde, longtemps après, au Queen sur les Champs-Élysées… Ce n’était plus pareil, évidemment. Plus, tard en 2016, j’ai appris la triste nouvelle de sa disparition. Ma jeunesse s’effrite, et je suis malheureux.

L’Orange Bleue (6, rue Brey – 75017 Paris)
Boîte plutôt louche à l’époque. Devenu un bar à putes plus tard (tu m’étonnes !). J’y ai chanté fréquemment dans ces fameuses années 80. Lors d’un show, j’avais complètement raté mon playback de Chanteur de cabaret. Des gens ont dit « C’est du playback », « C’est pas grave, il est génial ce mec ». Ce sont les mots exacts. Je m’en souviens parfaitement. C’est là que j’ai commencé à comprendre que pour plaire, parfois, il ne suffit pas d’avoir de bonnes chansons, de chanter juste, d’avoir de la voix… mais de posséder autre chose qui ne s’apprend pas, qui ne s’explique pas. Le naturel ou l’extravagance, qui sait… En tout cas, pas la modestie !
Mon dernier show s’est terminé, pour je ne sais quelle raison, en bagarre entre des amis qui m’accompagnaient et quelques pauvres types patibulaires au coin du bar, près du patron. Quand on fréquente des endroits minables…

L’Escargot (40, rue Amelot – 75011 Paris)
C’était un lieu culturel-associatif en étage. Plutôt sommaire. Le garçon qui s’en occupait et qui avait commencé à me mettre en scène était assez à mon goût. Seulement, je n’aime pas être dirigé. Surtout que l’Escargot n’était pas l’Olympia… Et puis les lieux culturels, associatifs, etc., ce n’est absolument pas mon truc. Pourtant, et je n’en avais pas conscience à l’époque, l’Escargot était l’un des premiers centres LGBT à Paris, dirigé par un collectif d’associations (les Gais PTT, Assistance Gai, Les Gais Retraités, Locomotive, Les Gais Randonneurs, Les Médecins Gais, la RHIF, Les Juristes Gais, Le Gage…) et les très regrettés Jean le Bitoux et Guy Hocquenghem, ardents défenseurs de la cause homosexuelle. Ai-je chanté là ? Je crois. Je ne sais plus… Allez, on va dire oui. J’étais si jeune… C’était en 1984.

Chez Yvon Wak (9, cour des Petites-Écuries – 75010 Paris)
Yvon était un personnage plutôt voyant, avec des tenues brillantes et colorées. Une petite scène, un piano, des tables serrées. Normalement, ce lieu aurait dû disparaître de mes souvenirs. Je ne sais pas pourquoi il y est resté présent. Peut-être parce que, avec mon amie Alexandra qui m’accompagnait, on plaisantait sur le nom de famille « Wak » en disant des phrases du style « Je vais waker à mes occupations ». Nul, mais ça nous faisait éclater de rire. Oui, c’est ça le lien, pfff…

Le Domino (25, rue Buffon – 75005 Paris)
Il a existé de 1984 à 1985. Donc, c’est dans cette courte période que j’y ai poussé la chansonnette. C’était un café-théâtre fait de bric et de broc. Un décor et une hygiène « à peu près ». Une salle de spectacle dans la cave accessible par un escalier très branlant. Petite scène, petite capacité. Odeur de salpêtre et de vieux bois.
Le lieu était tenu par deux garçons. Peut-être un couple, je ne sais plus. L’un des deux était très sympathique. C’est lui qui m’avait engagé. Il était toujours souriant et de bonne humeur. Le second m’avait dit d’un ton péteux une phrase du genre : « D’habitude, ici, on doit auditionner. » Phrase à laquelle j’ai répondu : « D’abord, je ne suis pas “on” ensuite, je n’auditionne pas. Je ne suis pas un débutant. Et puis ton gourbi, ce n’est pas le Carnegie Hall ! » Pendant la semaine ou la quinzaine durant laquelle j’ai chanté au Domino, je n’ai plus eu affaire à lui.
Je me souviens d’un soir de froid extrême où mon amie Alexandra et moi étions bien au chaud dans un hôtel-galère de Saint-Ouen pensant qu’il n’y aurait pas un chat au Domino et qu’il était inutile que je me prépare. Par courtoisie, je descends téléphoner d’une cabine, et là, le directeur me dit à ma grande stupéfaction : « C’est complet, on t’attend vite ! » Branle-bas de combat : rasage express, un peu de noir sur les yeux, un coup de peigne, tenue de scène pas repassée attrapée au vol et hop, direction Le Domino dans le froid hivernal. Je n’ai jamais eu aussi peu envie de chanter que ce soir-là. Personne n’a remarqué quoi que ce soit. Le spectacle s’est formidablement bien passé. Mais je peux dire qu’Alexandra et moi n’avons pas traîné pour rentrer.

L’Opéra Night (30, rue Gramont – 75002 Paris)
D’après d’anciennes affiches, j’y ai chanté en mai 1984. Je n’ai que le souvenir de mon dernier « non-show ». Il y avait eu confusion dans les dates. Je suis arrivé, j’ai vu que je n’étais pas programmé et qu’il n’y avait pas mes affiches. Le directeur avait compris que je devais venir la semaine précédente et n’avait pas apprécié que je le plante. Embrouilles, engueulades, etc. Opéra Night est un souvenir mitigé. D’autant plus qu’à cette époque mon amie et moi galérions sérieusement.

La Villa (27, rue Bréa – 75006 Paris)
Joli cabaret d’entraîneuses au décor rouge et or, un brin désuet où j’ai eu la chance de me produire juste avant sa disparition. Aujourd’hui, c’est devenu une pizzeria pour touristes. Quel gâchis ! Combien d’établissements comme La Villa ont disparu de la sorte. Mais bon, il ne faut pas vivre, dit-on, dans le passé. Et puis, il n’y a plus d’entraîneuses.

Tac Studio (5, cité Voltaire – 75011 Paris)
Café-théâtre dans une ruelle du 11e où j’ai failli chanter en 1989. C’était pendant la période où j’avais participé à ma première émission de radio sur France Inter, à la brasserie Le Coq.
J’ai répété plusieurs jours sur cette scène avant les deux ou trois récitals que je devais donner.
La première fois que j’ai visité la salle, bien que moyenne, elle m’avait plu. De plus, il y avait un bon matériel son. Seulement, le premier jour de répétition, tout ce beau matériel n’était plus là. Le responsable-programmateur-organisateur m’a dit que « des gens » en avaient besoin, que patati, que patata… Bref, je devais me débrouiller tout seul. J’annonce quand même le récital (France Inter, affiches, flyers…) De son côté, le « responsable-programmateur etc. », contrairement à ses promesses, ne fait strictement rien. Aucune promo. Le soir de la première (reniflant qu’il n’y aurait pas grand-monde voire personne) une demi-heure avant le récital, j’ai pris mes cliques et mes claques (surtout une sono que j’avais louée) et, en claquant la portière de la voiture, je lance au « responsable-programmateur etc. » pantois : « J’annule, je me casse ! » Puis, je me ravise, je sors de la voiture et m’en vais déchirer toutes mes affiches en façade. Après cela, vrai départ. Et vlan !

Nostalgia (14, avenue de Wagram – 75017 Paris)
C’était un très grand restaurant-spectacle, mais non sponsorisé par Radio Nostalgie comme le laissait croire le gérant. La salle magnifique était décorée de grandes photos de claviers de piano, d’instruments de musique, d’idoles des années 60-70. J’y ai chanté un soir, je ne sais plus à quelle date exacte. Je me souviens d’une de mes chansons, c’était Leïla. L’établissement, plein de promesses et de grands projets artistiques, a vite périclité comme je l’avais présagé instinctivement. C’est la raison pour laquelle j’ai vite coupé court aux relations.
Je me rappelle de ce restaurant-spectacle, car quelque temps avant, j’avais chanté sur les podiums de Radio Nostalgie.
Nostalgie, Nostalgia…

Nouveau Théâtre de Colette Lefebvre (17, rue Jules Chaplain – 75006 Paris)
Un ancien bar-restaurant-discothèque du Montparnasse des années 50 qui a dû avoir de grandes heures de gloire, transformé, dans son sous-sol, en café-théâtre dans lequel j’ai donné des récitals en octobre-novembre 1985.
Pratiquement aucune rémunération, peu de spectateurs, une sono pourrie. Un soir, ma cousine Martine et son ami Pascal me font la surprise de venir de banlieue pour m’applaudir. En fin de compte, spectacle annulé à ma grande joie, car je n’aurais pas du tout aimé qu’ils me voient chanter dans ces conditions. J’aurais eu honte.
N’y tenant plus de cette situation, deux jours plus tard, j’ai planté l’équipe ringarde de ce cloaque. Sans regrets.

Le Coin de Rue (ex-Le Coup de Frein) (88, rue Lepic – 75018 Paris)
Ancien Da Graziano, puis Le Coup de Frein de mes tout débuts, Le Coin de Rue a été ensuite le restaurant de Pascal Sevran, entièrement rénové aux couleurs rouge et or. J’ai passé de fabuleuses nuits au son d’un accordéon et d’un piano. C’est là que j’ai rencontré tout ce que Montmartre, le cabaret et le showbiz comptaient comme célébrités et de sacrés personnalités. À cette époque merveilleuse de fêtes, de rires et de champagne, j’étais à mille lieues de m’imaginer que, sous peu, beaucoup allaient nous quitter, emportés par le Sida… ou le désespoir. Pascal a laissé le restaurant au décès de son ami Stéphane Chomont. C’est la chanteuse France Reynac qui a pris la suite de cette alcôve feutrée, et c’est à cette période que j’y ai chanté, vers 1988.
Le succès était au rendez-vous, car au lieu de n’y chanter qu’un soir, j’y suis resté durant plus d’un an. Un de mes plus heureux souvenirs, bercé par les fantômes de nuits anciennes.
Le Coin de Rue n’est plus. La chanson de Charles Trenet, l’idole de Pascal qui a pris ce titre pour l’enseigne de son restaurant, me revient à la mémoire : « Je me souviens d’un coin de rue, aujourd’hui disparu… »

Le Pigeon de la Butte (23, rue du Chevalier-de-la-Barre – 75018 Paris)
La Palette est donc devenue Le Pigeon de la Butte avec pour patronne Suzanne.
J’y ai chanté en décembre 1985 et en janvier 1986. Sous cette nouvelle enseigne, la décoration s’était améliorée et la programmation également. J’ai eu le privilège de partager successivement l’affiche avec Maurice Fanon, Pia Colombo, Catherine Sauvage, Jean Constantin, Monique Morelli, Félix Marten, Jacqueline Dulac, Colette Renard, Anny Gould, Claude Véga, François Deguelt, Cora Vaucaire et tant d’autres gloires du music-hall des années pré-yéyé. C’est là que j’ai connu les barmen Marc et Félix. Des garçons adorables et très fêtards. Tous deux nous ont quittés il y a bien longtemps maintenant.
Le Pigeon de la Butte n’a pas tenu la route très longtemps. Les cachets des artistes étaient trop importants, la directrice ne savait pas gérer son affaire, et son nouveau mari lui bouffait tout son fric. Triste. Cependant, un petit smack pour Rudy, l’adorable gros chien de la patronne, qui s’étalait de tout son long juste à l’entrée, et que tout le monde était obligé d’enjamber, car « môssieur » ne se poussait pas.

Le Pigeon Bleu (68, rue Mazarine – 75006 Paris)
Même direction que Le Pigeon de la Butte. Pendant sa courte existence, il y a eu quelques artistes à l’affiche du Pigeon Bleu comme ceux du Petit Conservatoire de Mireille en présence de Mireille herself. Je n’y ai chanté qu’une fois. La sono était très médiocre, et le public clairsemé. Ce fut si agaçant, si pénible, que je n’ai pas terminé mon show. Je suis parti me consoler en buvant quelques verres à l’Oiseau de Nuit, juste en face. Encore une fois, quand on fréquente des endroits minables…

Les Nuits de la Butte (68, rue Lepic – 75018 Paris)
Une seule anecdote, et de taille dans le bizarre, reste encore dans ma mémoire.
En 1987, j’ai été engagé. J’avais répété quelques jours avant ; tout semblait aller. Salle en sous-sol correcte, patron sympa et admiratif. Bref, l’idéal. Le soir du récital, je me prépare, j’arrive aux Nuits. La salle était pleine, les gens papotaient, buvaient, fumaient et riaient. Le régisseur baisse les lumières, et j’entre en scène. Première chanson. Aucun silence avant, aucun applaudissement après. Les gens continuaient de bavarder et de trinquer comme si de rien n’était. Pas un seul me jetait un coup d’œil. J’enchaîne une deuxième chanson. Même chose. J’entame un couplet et le début du refrain de la troisième puis j’arrête net. Je fais signe au régisseur de rallumer la salle et d’arrêter la musique. Je range mes affaires, monte à l’étage, et je pars. Le tout dans une indifférence totale. Ce n’était même pas un bide. C’était plutôt… Twilight Zone.
Le lendemain, je suis venu chercher des affaires laissées (disques, partitions, photos…) et je tombe sur le patron qui me dit très sérieusement : « C’était bien, il faudra qu’on remette ça quand vous voudrez ! » Je n’ai même pas cherché à comprendre et lui ai lancé : « Oui, bien sûr. On se rappelle ! » Et j’ai filé.
Je n’ai jamais compris ce qui s’était passé. Ça restera dans le domaine de l’étrange.

La Dolce Vita (28, rue Vavin – 75006 Paris)
Ce vieux cabaret des années 50 avait un côté poussiéreux et défraîchi qui m’a séduit immédiatement. Il restait encore quelques entraîneuses et quelques clients, comme surgis ou rescapés du passé. L’ambiance était tamisée, les velours élimés, et une légère odeur de renfermé titillait les narines. Cela m’a profondément marqué. Fabuleux !
Le soir où j’ai chanté là (fin des années 80, je crois), il y avait le « chanteur vedette » qui passait avant moi. Une copie parfaite de Gilbert Bécaud. Pendant qu’il braillait, j’ai soufflé au directeur « Il imite superbement Bécaud ! », « Surtout ne lui dites pas ça », m’entendis-je répondre, « Il ne supporte pas ! » Pourtant, la voix, la gestuelle (main à l’oreille), la coiffure, le costume bleu, la cravate à pois. C’était… pathétique.

Brasserie Le Coq (2, place du Trocadéro – 75016 Paris)
31 octobre 1988. C’est là que j’ai enregistré ma première émission de France Inter, « Les Choses de la nuit », avec l’animateur Jean-Charles Aschero. Nous étions quelques artistes invités, dont la conteuse Mimi Barthélémy. La retransmission était en direct. J’avais interprété Le Bastringue de la mère Léo, Tout en noir et une autre chanson dont le titre m’échappe. Très belle soirée.

Le Crapoussin (128, rue La Boétie – 75008 Paris)
Je ne me souviens plus de grand-chose de ce cabaret très éphémère. Il a été créé sur les ruines d’un autre célèbre cabaret, le Club de la Boétie, par deux nigauds venus de Belgique. Là-bas, ils avaient déjà eu un établissement du même nom. Ils ont voulu le recréer à Paris… aux Champs-Élysées, rien que ça ! L’établissement n’a tenu que quelques mois.
J’y ai chanté vers mai-juin 1989. Le lieu était splendide. La scène également. Les loges très grandes. Enfin, un vrai cabaret chic.
Pour assurer ma première partie, les directeurs avaient engagé une chanteuse, Kim, une de mes amies. Restriction de budget oblige, il a fallu la congédier très vite. Mais courageux comme tout, c’est à moi que les boss de pacotille ont fait appel pour cette pénible besogne. J’ai accepté… et j’ai eu tort, car la crise de larmes passée, Kim m’a tenu pour responsable de son renvoi. Je ne l’ai plus revue par la suite.
Vers la fin de cette période, il y a eu une embrouille entre les directeurs et moi au sujet de cachets et/ou de déclarations Sacem. Je ne sais plus, mais j’ai stoppé net toute collaboration. Je savais que je ne perdais pas grand-chose. L’avenir proche m’a donné raison.

Le Jockey (127, boulevard du Montparnasse – 75006 Paris)
Fin des années 80, j’ai connu ce club de Montparnasse, mythique à une époque lointaine (années 20). Il vivait ses dernières nuits. C’est à se demander comment il avait pu tenir jusque-là. Il y avait encore des artistes et des musiciens qui s’y égaraient. J’ai le vague souvenir d’une scène avec des instruments. Le club figurait également encore dans les guides de la nuit et des spectacles. C’est sûrement là que je l’avais repéré. Un dernier souffle avant de s’endormir définitivement. Une charmante directrice m’avait écouté, puis m’avait fait comprendre que le club allait changer, qu’il « faudrait revoir ça plus tard ». Tu m’étonnes. Décidément, lorsque je me remémore mon parcours, force est de constater que j’ai chanté dans pas mal d’épaves. Je suis passé souvent peu de temps avant les pelleteuses. Juste à temps pour choper quelques images précieuses.

Quelques auditions dans les années 80

Le Paradis Latin (28, rue du Cardinal Lemoine – 75005 Paris)
Audition en direct, accompagné par Georges Nawrocki au piano, à la fin du spectacle et quand toute la clientèle fut partie. Dans les trois ou quatre chansons que j’ai présentées, il y avait Sex boy. L’ingé-son m’a dit être ravi de voir un artiste chanter enfin en direct. Les directeurs artistiques ont beaucoup apprécié et m’ont félicité sincèrement. Ils se sont longtemps concertés. Finalement, ils ne m’ont pas engagé, arguant, à contre-cœur, que ce que je faisais était trop osé, trop équivoque, même pour le Paradis. Regret.

Le Lido (116 bis, avenue des Champs-Élysées – 75008 Paris)
Après avoir obtenu un rendez-vous d’audition, je m’étais présenté au Lido un après-midi, entre deux répétitions de la troupe. Les artistes se sont arrêtés et se sont assis autour de la directrice artistique pour m’écouter. Je me suis retrouvé, penaud, devant eux et devant un micro sur pied. Toutes et tous me regardaient comme un ovni. Si ma prestation a plu, la condition essentielle pour faire partie de la revue était de savoir danser, d’être professionnel. Alors pensez : mon style « rive-gauche », statique… Je n’avais pas songé à ça. C’était ballot. Tant pis.

La Belle Époque (36, rue des Petits-Champs – 75002 Paris)
Les deux seules choses dont je me souviens de cette audition, c’est une chanteuse qui passait avant moi et qui massacrait Mourir sur scène de Dalida, en pointant son index vers le sol à chaque refrain, en désignant bien la scène au cas où on n’aurait pas compris la teneur de la chanson. C’était d’un ridicule ! La deuxième chose était que je fus ravi de ne pas être engagé, tant ce boui-boui était ringard et dépassé en tout point.

Le Don Camilo (10, rue des Saints-Pères – 75007 Paris)
J’avais auditionné devant Jean Vergnes, le fondateur-créateur de ce célèbre cabaret de Saint-Germain-des-Prés. Il avait vraiment apprécié. Notamment Cathy qu’il voulait entendre une seconde fois. C’était à mes tout débuts. J’étais plutôt maladroit sur scène. Jean Vergnes m’avait dit de revenir dans quelque temps lorsque j’aurais acquis plus d’assurance. Je ne sais plus pourquoi, je n’y suis jamais retourné. Dommage.

Le Lapin Agile (22, rue des Saules – 75018 Paris)
L’audition s’était passée en fin d’après-midi dans ce légendaire petit cabaret montmartrois, avec Georges à l’accompagnement. La tanière m’avait paru moyenâgeuse, sombre, et lourde avec son mobilier massif. J’ai présenté deux ou trois chansons sans aucune conviction ni la moindre émotion. Résultat : je n’ai jamais chanté là-bas. J’aurais quand même pu faire quelques efforts au vu de la réputation du Lapin !

Aux Trois Mailletz (56, rue Galande – 75005 Paris)
Là également, je n’ai jamais chanté, malgré une audition concluante. C’était plutôt, à l’époque du moins, un piège à touristes, avec des artistes auxquels on demandait non seulement de chanter, mais aussi de mettre de l’ambiance dans la salle (et pourquoi pas de passer les plats !) ; le tout pour un très maigre cachet, voire un paiement au chapeau. Ben, voyons !

Le Prologue (20, rue des Quatre-Frères-Peignot – 75015 Paris)
Dans ce théâtre de quartier, Alex-Andra, Anefrance et moi y avions présenté chacun un court extrait de nos spectacles respectifs afin de nous y produire. Alors que la directrice, conquise, s’apprêtait à discuter des conditions d’engagement, nous nous sommes regardés et, d’un commun accord, nous l’avons remerciée et saluée rapidement, puis nous sommes partis. Rien ne nous plaisait dans ce cadre un peu atelier, un peu assos, un peu intello, beaucoup amateur… Puis, pensez, rue des Quatre-Frères-Machin, dans le 15e ! Au cul de Paris ! Alex-Andra, Anefrance et moi avons beaucoup ri de cette aventure.

Années 90

Le Plateau 26 (Chez Betty) (26, rue des Lombards – 75004 Paris)
En haut, un restaurant et un grand bar tenu par Akim. Très jolie salle de spectacle en sous-sol avec une belle scène. Le tout géré par Betty. J’ai chanté au Plateau 26 une quinzaine de jours, en avril 1991. C’est là que j’ai enregistré l’émission « Matin Bonheur » le 15 avril. C’est là aussi que se sont lancés dans la comédie Élie Kakou, Lisa Mesman, Brigitte Lahaie et bien d’autres.
Lors d’un de mes récitals, j’ai eu le plaisir de compter parmi le public Georges Moustaki. À la fin, il m’a félicité, et nous avons échangé quelques mots. Je n’ai plus eu l’occasion de le côtoyer par la suite.
Au Plateau 26 a succédé Le Coffee avec un total relooking plutôt réussi de la salle de spectacle dans laquelle j’ai chanté également.

Pari’s Aller-Retour (25, rue de Turenne – 75004 Paris)
À mettre au tableau des troquets les plus pourris que j’ai connus. Période de 1993 à 1995. Il y avait une gérante stupide et vulgaire comme pas deux, et un Argentin qui lui servait de clebs, fainéant, profiteur, opportuniste et surtout grand mythomane.
J’ai même eu droit à un bel article de deux pages avec photos dans le Gay Pavois, un magazine dont je ne connaissais pas les tendances politiques. À la vue de cet article, la gérante a été outrée que son établissement soit cité dans un mensuel gay à côté de photos d’hommes nus. Tellement outrée, qu’elle a écrit au directeur du magazine et… à moi. Bien entendu, elle a été vertement envoyée dans les orties, comme il se doit.
Pendant un temps, j’ai même été « directeur artistique » du Pari’s. Ben dis donc ! Comme il n’y avait strictement rien d’organisé et de prévu pour chanter, j’y ai fait installer une scène, des rideaux rouges, une régie, et aménagé une loge au premier étage avec accès direct à la scène. C’était plutôt pro et cosy. J’ai mis en place des auditions et une programmation, de la publicité, etc. Mais vu toute la mauvaise volonté et l’incompétence des deux pseudos-directeurs, j’ai abdiqué. Peu après mon départ, le Pari’s, qui aurait pu être un joli écrin à chansons, est retombé dans le sordide.
Toutefois, c’est là que j’ai fait une de mes plus belles rencontres : la chanteuse Jacqueline Hartmann.

Théâtre de Dix-Heures (36, boulevard de Clichy – 75018 Paris)
Après avoir remporté Le Tremplin de la Chanson Française organisé par l’Association Charles Trenet en 1992, j’ai pu chanter au Théâtre de Dix-Heures. J’ai le souvenir d’un beau spectacle. D’autant plus que, pour la première fois, mes parents, étant de passage à Paris, y ont assisté.

Le Divan du Monde (75, rue des Martyrs – 75018 Paris)
Je ne sais pas si c’est à la suite du concours du Tremplin de la Chanson Française ou à autre chose, mais j’ai chanté au Divan. C’était le 25 octobre 1995 d’après mes archives. Deux ou trois chansons. Je ne sais plus si c’était en direct ou non, et quels autres artistes étaient au programme. C’était plein à craquer et j’étais un peu énervé. Je traversais une période financière et sentimentale très éprouvante. Le Divan du Monde, comme le Théâtre de Dix-Heures, est un souvenir. Sans plus.

Péniche La Balle au Bond (3, quai Malaquais – Port des Saints-Pères – 75006 Paris)
C’était le 22 octobre 1996. Un prospectus retrouvé a éveillé un peu ma mémoire. Je sais que j’ai chanté, que ça tanguait, qu’il y avait salle comble et… c’est tout.

Le Titan (1, avenue de Clichy – 75017 Paris)
Dans les années 90, on m’y avait programmé. Le soir venu, je m’étais préparé et j’ai attendu plus d’une heure. Je n’ai jamais vu un grand club comme celui-là avec strictement personne, hormis un barman et quelques messieurs costumés qui sont entrés dans les loges et se sont mis au fond pour discuter affaires en me demandant très poliment de bien vouloir les laisser seuls un instant. Ce que j’ai fait. Je n’ai pas chanté ce soir-là. Je suis rentré chez moi un peu dépité. Heureusement, je n’habitais pas loin, rue de Douai. Soirée vide.

La Champmeslé (4, rue Chabanais – 75002 Paris)
Ouvert en 1979, à l’époque où le quartier rue Sainte-Anne était le grand rendez-vous gay de la capitale, le bar de nuit La Champmeslé (en référence à la tragédienne Marie Desmares dite Mademoiselle de Champmeslé) est le plus ancien établissement lesbien parisien.
Mythique, véritable institution, en dehors des modes, un brin désuet… Josy, la patronne, contre vents et « Marais », tient fièrement la proue de son grand navire.
J’ai connu La Champmeslé au milieu des années 1990 par le biais de mon amie la chanteuse Jacqueline Hartmann. J’y ai régulièrement été la vedette et ai remporté de beaux succès. Josy est devenue une amie.

L’Imprévu (7, rue de Cadix – 75015 Paris)
Un petit restaurant avec une salle tout en longueur. Un couple de femmes avait repris cette affaire. Pour l’inauguration, elles m’avaient demandé de chanter contre grasse rémunération. Mon amie Alexandra avait été engagée pour donner un coup de main en cuisine. Le jour J, ayant profité de la voiture de mon amie qui, elle, devait arriver beaucoup plus tôt que moi, j’ai dû attendre deux heures dans sa voiture, car il n’y avait pas le plus petit recoin dans le restaurant pour se cacher ou se préparer. Deux longues heures d’attente, maquillé et en tenue de scène, en faisant attention de ne pas froisser mes vêtements. J’étais agacé et épuisé avant de commencer, d’autant plus que je devais assurer trois ou quatre passages de trente minutes environ. J’ai passé tout mon répertoire de l’époque, pour une clientèle lesbienne séduite, certes, mais pas exubérante pour un sou. De plus, le restaurant ne possédait aucune aération… un vrai sauna ! J’ai bien gagné ma soirée, mais j’ai surtout bien respiré en sortant de cette étuve.

Restaurant Marc Mitonne (60, rue de l’Arbre Sec – 75001 Paris)
Je devais chanter dans cet endroit tarabiscoté, en sous-sol, dans une cave minuscule pour une soirée d’inauguration. Flyers et affiches étaient en route pour la suite, et, au vu de la galère artistique et financière qui s’annonçait, j’ai annulé. Fort heureusement, car l’endroit a périclité. Je ne sais pas ce qu’il est devenu et je m’en tape.

A Casinha da Maria (4, rue Saulnier – 75009 Paris)
Dans ce restaurant portugais tenu par deux femmes sympathiques, mais au bord du divorce, j’ai le souvenir d’un tour de chant pour lequel il avait fallu transporter toute une sono, d’un public restreint (malgré les prévisions fabuleuses des gérantes) mais de chaleureuses félicitations. Bof…

Le Coming Out (20, rue Beaurepaire – 75010 Paris)
C’était un petit bar du soir près du canal Saint-Martin. L’établissement était tenu par Sophie et Béatrice, ainsi que Frank au bar. Le Coming Out est un des estaminets fétiches où j’ai chanté entre 1998 et 2002. De superbes concerts, un public réceptif, une ambiance du tonnerre.

Années 2000

Le Pulp (25, boulevard Poissonnière – 75002 Paris)
Un show très tard dans la nuit. Une brève rencontre avec Rachid Taha et Bruno Maman, présents ce soir-là dans les vapeurs d’alcool. Aux platines, un garçon qui allait devenir un bon ami par la suite, Hervé Legerot (Le Mange-Disque/Les Follivores).
Une anecdote cependant : ce show était en playback complet. Dans les cinq chansons que j’avais à chanter, il y avait la quatrième Coco tengo, en version club que je ne maîtrisais pas du tout. Notamment vers la fin où, après un pont musical suivi d’un court silence, la chanson repartait direct sur la voix seule. Je devais absolument penser à tourner le dos au public pour que cette reprise, si je la ratais, passe inaperçue. Je chante donc mes trois premières chansons avec bonheur et succès. Je me laisse emporter par la frénésie de la soirée, grisé par les applaudissements (et peut-être le whisky bu en coulisses), et j’entame le fameux Coco tengo. Arrive le pont musical pendant lequel je virevolte et danse comme un papillon en oubliant complètement la fameuse reprise. Je me retrouve face au public, les bras écartés, cigarette à la main gauche, micro dans la main droite, alors que part bien distinctement ma voix-CD. Dans ce cas-là, il n’y a plus rien à rattraper. Impossible de faire passer ça pour un chœur, un contre-chant ou un effet quelconque… C’est la gaffe. J’ai donc ramené calmement mon micro devant ma bouche et j’ai terminé ainsi. Les gens se sont rendu compte du playback, mais n’en ont été ni surpris ni choqués. Passons…

Péniche Le Charleston (Port de Bercy – 75012 Paris)
Une soirée-spectacle pour un quelconque comité d’entreprise, avec l’inénarrable Wickie of Paris et d’autres artistes. Il y avait de la houle, les loges étaient minuscules et étouffantes, certains artistes devaient aller dans le couloir pour s’habiller et/ou faire de la place. Le cachet était très correct. Cette soirée, en vérité, c’était plutôt alimentaire.

Le Tagada (40, rue des Trois-Frères – 75018 Paris)
Un concert avec pas mal de monde très serré dans ce petit bar-restaurant de Montmartre. Pas de loge, obligé de me cacher dans un coin de la petite salle arrière près de la cuisine. Pfff… Beaucoup d’amis s’étaient donné rendez-vous également. Il faisait très chaud… Le patron n’hésitait pas à servir des verres ou à passer les plats devant moi. C’était néanmoins un bon concert avec un public au taquet. Allez, bon souvenir.

Le Deep (ex-La Mendigotte) (80, quai de l’Hôtel-de-Ville – 75004 Paris)
Je me souviens d’avoir donné quelques showcases au Deep vers 3 heures du matin. Je n’ai pas reconnu La Mendigotte de mes débuts. Tout a été complètement rénové. C’est toutefois ici que j’ai connu Michel Miguel Feignon, le directeur, un garçon adorable.

L’Akhénaton Café (ex-Le Village, premier bar gay de Paris) (12, rue du Plâtre – 75004 Paris)
Situé dans le quartier du Marais, ce petit bar du soir, tenu par Filou (Philippe Meyer) et Lolo (Laurent Gasnier), sans omettre le barman, mon ami Fifi « La Grise », m’a longtemps accueilli pour des tours de chant mémorables. Succès incontestables dans le gay Paris, je dois dire sans fausse modestie.
Là, j’y ai fait de belles connaissances comme Francis, Marianne, Lola, Zaza Light, Wickie of Paris. Et tant d’autres…

Entre Deux Eaux (45, rue de la Folie-Méricourt – 75011 Paris)
Petit bar de nuit du 11e très sympa. Souvenir d’un show avec beaucoup de monde, mais avec une sono très moyenne. Plutôt pénible de chanter dans ces conditions. J’ai écourté ma prestation de quelques chansons. Mouais…

Ze Baar (41, rue des Blancs-Manteaux – 75004 Paris)
Un showcase vers 2004-2005. Beaucoup de monde dans ce bar de nuit pas vraiment prévu pour chanter… sauf en playback complet. Joli souvenir quand même, avec une assistance très enthousiaste. De quoi oublier la technique désastreuse et, au fil du temps, le patron qui s’est révélé être quelqu’un de très décevant.

Le CUD (Le Classic Up and Down) (12, rue des Haudriettes – 75003 Paris)
J’y ai chanté lorsqu’il était tenu par mon ami Bruno Lalanne. La dernière fois, la salle du bas où je devais me produire était en travaux. Personne ne m’avait prévenu. J’ai donc dû chanter dans les gravats entre les escaliers et le bar à l’entrée. Pénible…

L’Enchanteur
(15, rue Michel-le-Comte – 75003 Paris)

J’y suis allé du temps de Pierre Gabrielli, le premier patron, un garçon adorable. La salle du bas était petite, mais très jolie et bien aménagée. J’ai eu plaisir à me produire là, mais, avec le temps, celui qui s’occupait de la promotion des spectacles ne faisait plus rien, préférant boire et rire bêtement de ses grasses plaisanteries. Il y eut de moins en moins de monde. Plus tard, il n’y a plus eu de chansons, mais des karaokés. Puis, Pierre est décédé en 2016.

Le 49 (ex-Piano Zinc) (49, rue des Blancs-Manteaux – 75004 Paris)
Le Piano Zinc de Jürgen a changé plusieurs fois de propriétaires et d’enseignes au cours des décennies : Le Masque Rouge (avec l’excellente Blanche Bastin en maîtresse de cérémonie), puis Le 49.
Il n’y avait plus âme. J’y ai chanté deux fois ; la première, c’était complet, la seconde très clairsemée, car aucune promotion faite de la part de l’établissement qui devait être plus une lessiveuse qu’autre chose. Quelque temps après, le 49 est devenu un bar à Q. Sans commentaire.

L’Insolite (33, rue des Petits-Champs – 75001 Paris)
Un joli club figé dans l’ère disco. Rococo, voire délabré à souhait ! Comme j’aime ! Je connais son directeur, Philippe Thiebaud, un garçon attachant. J’ai chanté à l’Inso pour une soirée au profit du Sidaction. Du monde, beaucoup d’applaudissements…

Equinox (Okawa) (33, rue des Rosiers – 75004 Paris)
Un autre lieu à marquer d’une pierre noire. Belle erreur de ma part de m’y être commis. Une seule soirée m’a suffi pour ne plus avoir envie d’y revenir. Surtout avec un patron qui omet de payer ses artistes, du moins moi, car les autres étaient bénévoles. Bénévoles ? Pourquoi ? Mystère. Pourtant, dans le spectacle, il y avait mon très regretté ami Romuald Trubert. Mais Romuald ne tenait pas la caisse et il était déjà très affaibli par la maladie. De mauvais souvenirs de l’Equinox. Mais surtout celui d’avoir vu Romuald dans un état de santé déplorable. La vie s’en allait de lui. Peu de temps après, il nous quittait.

Le Jul’s Café (20, rue du Plâtre – 75004 Paris)
C’était un très joli bar de nuit, lumières tamisées, mobilier kitsch, avec un patron très sympathique, et son ami Julien. J’y ai été à l’affiche, en 2011, grâce à mon ami Jeff Lullier (Zaza Light) barman et artiste transformiste. Petite mais très jolie scène. Les loges – seul inconvénient – étaient dans le débarras situé derrière le bar. Enfin, là, au moins, il y avait des loges. Ces soirées-spectacles me laissent un excellent souvenir. Euh… sauf pour mon dernier concert où, juste avant d’entrer en scène, le micro n’a pas fonctionné, et où il était impossible de passer les titres en playback. J’ai été obligé de chanter… sans micro. J’ai souffert, je peux vous l’assurer, et j’ai eu des envies de meurtre envers le pauvre DJ (Jean-Philippe Tazio) qui n’y était pour rien. Heureusement, beaucoup parmi le public connaissaient mes chansons et les chantaient en même temps que moi.

Théâtre Clavel (3, rue Clavel – 75019 Paris)
J’ai chanté dans ce théâtre en mai 2014 et d’autres fois, dans les célèbres Toc Toc Shows de Martine Superstar (Robin Belfond). Joli théâtre, grande loge, organisation au top, excellente régie son, et salle comble. Que demander de mieux !

Voilà ! Le flashback s’arrête là, en 2014. Incomplet, bien entendu… Peut-être à suivre… Mais ça, c’est une autre histoire.
Ce soir, c’est l’automne. Nous sommes en 20… déjà !
Je chante dans quelques heures. Je ne suis pas prêt, j’ai un trac d’enfer ! Où sont mes cigarettes ?
Allez, je vous laisse.
Baisers ♥
Brindille.